Ce qui s’est passé
Quid publie l’édition du T3 2026 de son rapport State of Consumer & Market Intelligence. C’est le deuxième numéro de ce rendez-vous trimestriel, dans lequel la société d’analyse mesure où les organisations concentrent réellement leurs efforts de recherche. Le rapport analyse près de 40 000 activités de recherche dans 12 secteurs. Il compare le T2 2026 au T2 2025, à périmètre constant, pour montrer comment les priorités de recherche ont évolué en douze mois.
Le principal enseignement : les équipes ne consacrent plus leur temps aux mêmes sujets. Le suivi du sentiment de marque et la surveillance de la réputation et des crises passent devant la veille innovation. Ce sont désormais les premiers cas d’usage, tous secteurs confondus. La discipline s’est longtemps concentrée sur le repérage des technologies émergentes et des opportunités sur les marchés adjacents. Voir la gestion de l’image passer devant l’exploration prospective marque donc un vrai rééquilibrage.
Quid n’interroge pas les praticiens sur ce qu’ils pensent devoir faire. Sa méthode observe ce que les organisations étudient réellement. Selon la société, cette approche indique plus directement où se situent les vraies priorités. Les données s’appuient sur des milliards de conversations, d’articles et de signaux issus de sources larges, conformes et en temps réel, et non d’un flux unique. Quid classe ensuite l’activité de recherche par thème et par cas d’usage dans chacun des 12 secteurs mesurés.
Pourquoi c’est important pour les praticiens
Pour les responsables market intelligence et competitive intelligence, ce rapport tient moins de la prédiction que du miroir. Ce que les organisations choisissent d’étudier compte parmi les signaux de marché les plus nets. Il révèle quels risques semblent urgents et quelles opportunités justifient des heures d’analyste. Quand la réputation passe devant la veille innovation en tête des priorités, les équipes CI apprennent quelque chose sur les inquiétudes qui motivent les demandes de la direction.
1. La demande passe de la recherche d’opportunités à la défense contre les risques. La veille innovation est par nature offensive : les équipes scrutent l’horizon pour repérer la prochaine catégorie de produit, le prochain partenaire ou la prochaine menace avant les concurrents. Le suivi du sentiment de marque et la surveillance des crises sont défensifs : ils protègent ce que l’organisation a déjà construit. Cette montée en puissance indique que les dirigeants demandent à leurs équipes de veille de passer plus de temps à protéger la marque qu’à explorer de nouveaux territoires. Les praticiens doivent s’attendre à des demandes du type « que dit-on de nous ? » et « d’où viendra la prochaine crise ? » plutôt que « que devons-nous construire ensuite ? ».
2. Le champ de la recherche s’élargit au lieu de se réduire. Pour Quid, une activité n’en remplace pas une autre. Les organisations examinent désormais les tendances culturelles, l’image de marque et le comportement des consommateurs en plus de la technologie. Cet élargissement a des conséquences sur les effectifs et les outils. Une fonction CI conçue pour la veille technologique, avec des analystes qui suivent brevets, startups et roadmaps produit, ne s’organise pas comme une fonction conçue pour suivre à grande échelle la conversation culturelle et la perception de la marque. Les équipes qui veulent répondre à cette nouvelle demande devront peut-être revoir la façon dont leur fonction CI est construite et dotée en ressources.
3. La perception devient un indicateur suivi au niveau du conseil d’administration. La vitesse du changement compte autant que sa direction. Quid note que la surveillance de la réputation et des crises est passée de derrière la veille innovation à devant elle en douze mois. Un basculement aussi rapide traduit rarement une évolution progressive de stratégie. Il traduit plus souvent une réaction à un environnement instable, où un seul moment viral peut faire chuter la valeur d’une marque. Pour les équipes de veille, cela plaide pour une surveillance en temps réel plutôt que pour des analyses approfondies trimestrielles.
Points clés
- Rapport : Quid State of Consumer & Market Intelligence Report, T3 2026 (deuxième édition trimestrielle)
- Périmètre : près de 40 000 activités de recherche analysées
- Secteurs couverts : 12
- Période comparée : T2 2026 vs T2 2025, à périmètre constant
- Principal changement : le suivi du sentiment de marque et la surveillance de la réputation et des crises passent devant la veille innovation, tous secteurs confondus
- Champ élargi : tendances culturelles, image de marque et comportement des consommateurs pris en compte en plus de la technologie
- Secteur marquant, Divertissement & Médias : passé d’une part quasi nulle à la première place en un an dans un secteur
- Secteur marquant, Marque & RP : passé d’une part de quelques pourcents à la première place, avec une large avance, dans un autre secteur
- Méthode : mesure l’activité de recherche réelle, et non des réponses déclaratives à une enquête, à partir de milliards de conversations, d’articles et de signaux
Conséquences pour le marché
Les données de Quid arrivent sur un marché où les éditeurs de solutions de veille se disputent la définition des priorités d’une fonction de recherche moderne. Si la réputation et l’image de marque remplacent vraiment la veille innovation, les plateformes qui gagneront les budgets seront celles qui prouvent leur force en analyse du sentiment en temps réel, en suivi des récits et en détection de crise. La simple veille prospective, qui a longtemps défini la catégorie, ne suffira plus. Les éditeurs positionnés sur l’écoute sociale, la veille média et l’analyse de marque suivent la direction que semble prendre la demande. Ceux qui se limitent à la veille technologique et au repérage de startups devront sans doute élargir leur discours.
C’est le détail par secteur qui rend le rapport utile au quotidien. Dans un secteur, Divertissement & Médias passe de presque zéro au thème le plus étudié. Dans un autre, Marque & RP passe de quelques pourcents au thème principal. Ces évolutions ne sont donc pas uniformes. Un responsable CI dans un secteur peut observer un rééquilibrage très différent de celui d’un pair dans un autre secteur. Les écarts d’une année sur l’autre, à périmètre constant, permettent aux équipes de comparer leurs propres priorités à la tendance générale.
Pour les praticiens, la leçon concrète est d’utiliser leur propre répartition des recherches comme outil de diagnostic. Si une équipe consacre encore l’essentiel de son temps à la veille innovation alors que le marché s’est tourné vers la réputation et l’image de marque, cet écart mérite examen. Il peut s’agir d’un pari à contre-courant assumé ou d’un angle mort. Lire les priorités de recherche comme un signal de marché à part entière : c’est exactement la grille de lecture que propose le rapport de Quid.
Ressources associées
- Market Intelligence — la discipline dont le rapport Quid mesure les priorités
- Competitive Intelligence — la pratique voisine, transformée par le virage vers la réputation
- Signaux de marché — pourquoi l’orientation des efforts de recherche est en soi un signal à lire
- Comment construire une fonction CI — structurer une équipe de veille face à un champ de recherche qui s’élargit